Dossier : La folie des Collectors

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 La folie des collectors

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Qui ne s’est jamais moqué de son ami qui achète des amiibo à un prix hallucinant sous prétexte que leur valeurs allait augmenter ? Le voir les garder sous blister si précieusement et les afficher avec tant de fierté du haut de ses étagères qu’il a installé spécialement pour l’occasion. Et ce type aussi qui achète systématiquement l’édition collector du dernier Assassin’s Creed Day one sans vraiment toucher au jeu mais s’en défend en mettant en avant la « qualité de la figurine ». Mais le pire, c’est ce pote qui achète tout, collector, figurine, édition limitées, consoles collector et autres… Vraiment tout, mais toujours à prix défiant toute concurrence. Il a les meilleures adresses internet, les bons numéros pour réserver en temps et en heure dans les bonne boutiques et il sait toujours dénicher la petite promo que personne n’avait vu. Admettez le, au fond de vous, même si vous ne savez pas pourquoi, vous êtes un peu tout ça. Une question se pose alors, d’où vient donc cette folie?

 

 

Les origines de cette folie

 

Un partie des figurines DBZ d'un Gashopon
Un partie des figurines DBZ d’un Gashopon

 

Chiffres de ventes des Gundams

Chiffres de ventes des Gundams

L’origine des collectors vient du Japon ( qu’est ce qui ne vient pas du Japon d’ailleurs…). En 1977 naissait le Gashapon par Bandai. Vous savez ces fameux distributeurs de figurines à collectionner qu’on trouvait souvent dans les tabacs et marchands de journaux français des années 90. Pour 10 francs, la machine nous donnait une petite figurine de 5 centimètre de DBZ ( ou autres comme Saint Seya, Saylor Moon ou Capitain Tsubasa plus tard) qu’il fallait garder pour se faire une collection complète. C’est peut être ça qui nous a inoculé cette maladie de la collectionite aigue… Quoique ce n’était pas tout, il y avait aussi toutes ces peluches et figurines articulées issues aussi de nos mangas favoris. Véritable succès au Japon au début des années 80, les figurines Gundam deviennent un véritable phénomène. Il faut savoir qu’aujourd’hui encore, Namco Bandai génère plus de 465 millions d’euros de revenus par an juste avec cette licence !D’ailleurs ces figurines marquent le début d’un nouveau mouvement dans l’ère de la figurine : la rareté. Et c’est naturellement que l’industrie du jeu vidéo commença à se tourner vers ce marché dans le début des années 90 et la mayonnaise prît.

 

 

Mais tout ça reste inconnu et lointain pour nous, pauvres européens, qui ne connaîtront que de manière assez tardive les premiers symptômes de la contamination, puisque les premiers collectors sont arrivés au début des années 2000, soit la période PS2. De manière bien plus discrète, avec des éditions limitées au début nous offrant des B.O, artbooks ou cartes postales. Puis au début de la génération PS3/Xbox360, les chevaux ont été lâchés et c’est à ce moment là que naquit le traditionnel pack jeu + Figurine + N’importe quoi.

 

Les premiers collectors en Europe n'avaient pas encore de figurine

Les premiers collectors en Europe n’avaient pas encore de figurine

 

Mais qu’est ce que cherche le joueur dans un collector? Beaucoup se posent la question, les mamans et les proches surtout mais aussi ceux qui, paradoxalement, disposent déjà d’une belle collection. On peut établir un début de réponse en abordant quelques points vitaux comme la nostalgie, la rareté et la qualité de l’objet.

 

Auriez vous un Little Mac s’il vous plaît ?

 

Commençons par la rareté, principe assez obscur et aléatoire dans le monde du collector. En effet, comment savoir si un collector va prendre de la valeur ou pas ? En cette question réside toutes les inquiétudes et les craintes du chasseur de raretés qui fouille les fnac, les sites internet et surtout le bon coin en quête de sa perle rare. Soyons clair, ce profil de collectionneur n’a pas forcément besoin d’aimer le jeu ou de connaître la licence de fond en comble pour apprécier le collector qu’il vient d’acheter. Le fait de savoir cet objet désiré et en sa possession suffit à le combler, et si il apprécie le jeu, tant mieux. Il y en a même pour qui seule la revente est intéressante. Avec comme fantasme absolu d’avoir été l’un des génies à avoir gardé un Metal Slug Neo geo neuf encore dans sa boite.

Les prix hallucinant de la PS4 anniversary

Les prix hallucinant de la PS4 anniversary

On peut prendre pour exemple le cas Little Mac, Amiibo le plus rare de toute la collection qui montait jusqu’à 250€ il y a moins de six mois et qui aujourd’hui et trouvable à 12€ dans n’importe quelle grande surface. La ré-édition, la hantise des chasseurs qui voient leur investissement vain et une chance perdue de faire une plus value sur leur achat initial. Et si certain se demandent sur quoi se basent ces chasseurs pour extrapoler une montée en prix de certains collectors, c’est simple, ils ne se basent que sur deux facteurs : Est-elle limitée et va t-elle connaître un succès ? C’est un pari en quelque sorte, et les marges dégagées peuvent parfois en faire bondir quelque uns. Après une analyse sur les sites de reventes tels que Priceminister, Amazon, Fnac et Lebecoin, il est constaté que le prix des collectors dits « rares » gonflent d’environ 60 à 70%. Et ils partent sans problèmes… Comme la fameuse PS4 anniversary qui part à un prix en moyenne de 950€, contre 400€ initialement. Fort heureusement, il n’y a pas que l’aspect financier et matériel qui importe pour les collectionneurs.

 

 

 

La madeleine de Link

 

banniere-collection-jeu-videoOn a tous cette petite catégorie de jeux qui nous font frissonner et bondir de joie à chaque apparition lors de conférences comme l’E3 ou la Gamescom. Cette fameuse short liste personnelle des dix meilleurs jeux de tout les temps, ce club très privé ou seul quelques élus peuvent y avoir accès. Du bon 9/10 en puissance qui font l’unanimité au petit 6/10 que vous êtes le seul à avoir vraiment compris. Last of Us et Mirror’s Edge pour les curieux. Des jeux où une musique, une couleur ou même bruit suffisent à nous replonger à travers nos pensées dans ce monde. La figurine représente pour ce type de collectionneur un rappel de l’atmosphère qu’il a tant aimé en jouant à son jeu, un post it comme pour se rappeler que l’espace de quelques heures, il ne pensait, vivait et mangeait que pour Rapture, Bordeciel ou Columbia. Ce profil, rêveur, reste cependant assez marginal et ne représente plus la grosse majorité des collectionneurs comme ce le fût autrefois.Cette passion qui réveille votre âme d’enfant et fait ressurgir cette petite voix de vous à 8 ans « Quand je serais grand, j’aurai tout les jeux et j’aurais un Link de deux mètres dans mon salon ». C’est aussi pour certains un marqueur temporel de moment forts de sa vie. Comme se rappeler à la simple vision de sa petite figurine de Squall la période du Bac, que l’on a eu grâce à deux petits points en maths, que l’on a fêté en retournant FF VIII pendant tout l’été. Ou cette peluche de Crash Bandicoot qui nous rappelle à quel point on a pu supplier sa mère dans le Score Game de Saint Lazare pour qu’elle nous l’achète. Tant de souvenir que l’on a tous pu avoir et qui restent gravés un peu grâce ces trophées.

 

C’est vraiment Max Payne cette figurine ?

 

Il y a toujours des surprises dans les petites boutiques

Il y a toujours des surprises dans les petites boutiques

 

Mais qui n’a pas connu la désillusion de recevoir une figurine totalement méconnaissable tellement les finitions sont abjectes. Cela a beau être notre personnage préféré, rien n’y fait, on ne le reconnaît pas. Le drame, avoir payé 90€ pour avoir le droit a un Max Payne plus proche de Ricky Martin que de notre héros névrosé favori. Et là ou certains demandent à avoir au moins le strict minimum, d’autre ne veulent que l’excellence. Habitués à peindre depuis tout petit ses Warhammer Space Marine, ce type de collectionneur ne peut se satisfaire du juste « correct ». Il lui faut le meilleur, le plus détaillé et c’est là que le monde du collector étonne, le plus beau n’est pas forcément le plus cher. Comme en témoigne par exemple ces figurines de Batman, moins de 50€ chacune (collector complet) ou 20150818_12410220150818_124102 (Copier)celle d’Assassin’s Creed trouvable assez facilement à 35€ chez n’importe quel revendeur. Mais il s’agit là bien sûr de petits exemples et 20150818_124102les pièces maîtresses de leurs collection valent souvent entre 250€ et 500€, voire plus pour les plus fous ! Comment déterminer la précision et la qualité d’une pièce demanderont certains ? Au jugé simplement, pas besoin d’être expert pour constater qu’une peinture est baveuse, un visage mal modélisé ou qu’une pose d’un personnage puisse être peu gracieuse. Et si aujourd’hui la question la plus fréquente est celle de savoir où les trouver, sachez que le choix est vaste. Il y a peu, République faisait office de Vatican du collector. Mais aujourd’hui il s’agit plus d’une vitrine, voire un musée de pièces de collection tellement il est impensable de dépenser autant d’argent dans une figurine qui en fait la moitié sur Amazon. L’illusion de République aujourd’hui dissipée, il ne reste plus qu’à surveiller les sites d’annonces en permanence, car oui, il n’y a que sur internet que vous pourrez trouver un collector à un prix raisonnable.

 

Pour qu’il soit intéressant, le collector a souvent besoin d’avoir comme force l’un de ses trois points ( la nostalgie, la rareté ou la qualité). Un seul suffit généralement et (très) rares sont ceux qui réunissent les trois. Comme par exemple cette exemplaire numérotée de Ganondorf, belle au possible avec des finitions dignes d’un horlogier suisse, introuvable et assez chère ( entre 300€ et 500€ ) et surtout qui en un croisement de regard vous transporte directement vers Hyrule et vous rappelle le charisme légendaire de ce personnage. Enfin bon, je me perd là…

 

Une des rares statue qui allie rareté, nostalgie et qualité

Une des rares statue qui allie rareté, nostalgie et qualité

Je suis un joueur et alors ?

 

Mais il reste un dernier point à observer et pas des moindres. Un peu à la manière d’un amateur d’art qui affiche ses tableaux dans chacune de ses pièces ou d’un féru de cinéma qui colle ses affiches tailles réelles sur son mur, les joueurs exposent leurs collectors du haut de leurs étagères et exhibent leur culture. Car oui, c’est bien de cela qu’il s’agit, de culture. N’allons pas jusqu’à dire que c’est un acte militant, mais mettre en avant ses figurines, c’est parler d’une partie de soi et de sa culture. Au même niveau que la musique, le cinéma ou l’art en général, le joueur de jeu vidéo n’a pas à rougir de vouloir s’affirmer en tant que joueur. Et si certains s’en ressentent le besoin et l’expriment à travers leurs collectors, d’autre le font pour faire parler de leurs passion. Il est en effet bien plus facile de parler et de s’ouvrir au sujet devant une figurine de Cloud sur sa moto que à table avec papa maman qui trouvent que le jeu vidéo est aliénant. Une chose est sûre, la démocratisation du collector est une réalité, pour le meilleur et pour le pire.

 

 

 


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